Le bonheur d’habiter le pays

Envoyer Imprimer

Quand nous avons besoin de prendre le large parce que la routine nous pse lourdement, parce que nous avons soif de nouveaux horizons, parce que nous avons tout simplement besoin de vacances, nous savons tous quil ny a rien de mieux que le dpaysement pour y arriver. Nous plions alors bagages et nous mettons le cap vers une destination diffrente de notre ralit le temps de quelques jours ou de quelques semaines, le temps dapprcier finalement notre chez-nous.

Mais connaissez-vous le paysement ? Non, ne cherchez pas dans votre dictionnaire ! Ce mot ny est pas. Cest un mot invent pour nommer justement ce qui serait le contraire du dpaysement, une espce de voyage dans notre propre pays, dans notre univers intime et si proche que trop souvent nous ne le voyons plus. Ctait galement le titre du programme ou du menu musical concoct par le baryton, Charles Prvost, et le pianiste, Francis Perron, dans le cadre de la programmation des Diffusions AmalGamme. En ce premier samedi frisquet doctobre, appuy par le partenariat du dput de Prvost, monsieur Gilles Robert, notre diffuseur laurentien nous avait convis une soire o les chansons, la musique et les pomes de notre grand chantre national, Gilles Vigneault, prendraient exceptionnellement une place de choix. En cette priode sombre pour le Qubec o un chef dtat refuse de se comporter en chef dtat, o les porteurs dun trs grand projet collectif, celui-l mme qui est au cur de luvre de Vigneault, ne trouvent rien dautre faire que de le bousiller dans des querelles internes sans fin, un tel programme a de quoi faire du bien notre me de Qubcois et de Qubcoises.

Cest donc dans une salle presque compltement remplie que Charles Prvost, un jrmien de naissance et dont les anctres sont lorigine de la municipalit actuelle de Prvost et des efforts de colonisation des Laurentides, et Francis Perron, un sherbrookois de naissance, se sont prsents nous pour tenter dinstaller un climat particulier avec un univers musical qui nous est tout la fois si familier, mais beaucoup trop absent de nos ondes de tout acabit.

Presque dentre de jeu, Charles Prvost a dailleurs voulu prciser les balises ncessaires bien vivre cette ambiance musicale en soulignant la recherche dune certaine gne de notre part pour les applaudissements afin de permettre lenchanement souhait entre les chansons et les pomes de Vigneault. Ce ne fut pas toujours facile pour le public de saisir si oui ou non il pouvait souligner son apprciation.

Ceci tant tabli, nos deux artistes au talent musical indiscutable nous ont offert du Vigneault avec une dimension encore plus releve. Si les pomes ont occup une place de choix, il va sans dire que les Mon pays , Pendant que , Si les bateaux , Jai pour toi un lac , Il me reste un pays ou Quand vous mourrez de nos amours ont su combler nos curs de qubcois meurtris actuels. Il faisait vraiment bon de revisiter ces bijoux de notre patrimoine trop souvent bouds, pour ne pas dire oublis. Ce nest pas sans raison que Gilles Vigneault a dit Charles Prvost quil avait la voix que lui aurait voulu avoir pour chanter ses affaires . Cet ex-Sinner dune autre poque dj trs lointaine a su donner de la chaleur et un surplus de beaut ce qui est dj beau la base. Son pianiste, Francis Perron, a su avec doigt accompagner les uvres de Vigneault ou de les mettre en vidence loccasion.

Ce qui est venu quelque peu gter la sauce ou le menu, cest ce besoin quont eu nos deux artistes de faire deux pauses dans leur spectacle au lieu dune seule comme dhabitude. Cette cassure inexplique, environ une demi-heure aprs la mise en ambiance des uvres de Vigneault, a quelque peu refroidi cette soire si bien partie. Cest comme tre oblig de raviver le feu dj bien parti parce quon la nglig ou refroidi suffisamment longtemps.

Si ce ntait que cela, jaurais fait avec, comme on dit. Malheureusement comme si luvre complte de Vigneault ne suffisait pas remplir un menu musical pour toute une soire (surprenant !), nous avons eu droit, aprs la deuxime pause, douze autres chansons, neuf mlodies franaises et trois mlodies tires de luvre de loncle de Charles Prvost. Vigneault nous avait, semble-t-il, quitt lentracte. Sa magie noprait plus. Probablement que les amateurs dart lyrique, ce qui nest pas vraiment mon cas, ont apprci ce complment de programme, mais, en ce qui me concerne (et je ne suis srement pas le seul), javais franchement hte que cela se termine.

Quand je suis invit un repas o on me prcise que les fruits de mer seront lhonneur, si mon hte men sert un peu, mais quil ma rserv des surprises o un bon steak est galement du menu, je serai du de cette espce dentourloupette. Il en va de mme pour un repas musical. Si cest du Vigneault uniquement qui est annonc, je mattends dguster que du Vigneault. Sinon, il faut le dire avant. Ce ntait tellement pas annonc que les douze pices ne figuraient mme pas dans le programme de la soire, si ce nest quil y aurait un complment.

Peut-tre que Charles Linton et Francis Perron ont craint de ne pas nous rassasier. Si ctait le cas, il fallait continuer puiser dans loffre immense et gnreuse de Vigneault. Nous tions capables den prendre encore une bonne portion. Le temps aurait t moins gris en quittant.

Pierre Lauzon
Les ditions Pommamour

P.S. : Pour apprcier Vigneault la saveur Prvost-Perron, cliquez sur ce lien :
http://www.charlesprevostlinton.com/Musiques.html .