Santé publique Laurentides prévoit un accroissement
de plus de 250 % de l'offre de jeu dans les Laurentides

La Direction de santé publique des Laurentides (DSP) s'inquiète des impacts de l'aménagement d'un salon de jeux sur le site Versant Soleil de Mont-Tremblant et de l'arrivée du nouvel hippodrome dans la couronne nord de Montréal. Ce dernier sera assorti d'un complexe récréotouristique familial incluant également un salon de jeux. En lien avec le positionnement des directeurs de santé publique présenté dans l'avis sur les salons de jeux, certains risques majeurs ont été identifiés comme étant plus problématiques pour la population des Laurentides.
Augmentation de l'offre de jeu et de l'accessibilité
Selon Dre Blandine Piquet-Gauthier, directrice de santé publique des Laurentides: « l'augmentation majeure du nombre d'appareils de loterie vidéo (ALV) et l'arrivée d'un hippodrome sont très préoccupants. Les informations obtenues de Loto-Québec mentionnent l'ajout de 1 600 ALV dans les deux projets de salons de jeux. Même si une réduction mineure dans d'autres sites est prévue dans les prochaines années, ceci représente un accroissement de plus de 250 % de l'offre de jeu ». Actuellement, la concentration du nombre d'ALV dans la région entraîne un taux de 2,6 ALV/1 000 habitants, ce qui est plus élevé que la moyenne provinciale proposée par Loto-Québec. Ce sont les Réseaux locaux de services (RLS) des Laurentides, d'Antoine-Labelle, des Pays-d'en-Haut et d'Argenteuil qui présentent les taux d'ALV par habitant les plus élevés. Avec l'arrivée des deux projets de Loto-Québec, le taux moyen régional grimpera à 4,8 ALV/1 000 habitants. L'offre de jeu, dans la région des Laurentides, ne sera alors plus comparable à celle du reste du Québec si un nombre suffisant d'ALV n'est pas retiré des autres sites, particulièrement dans les secteurs les plus vulnérables.

De gauche à droite : Monsieur François Godin, de L'Agence de santé et de service sociaux de Laval, Dre Nicole Damestoy, directrice de santé publique de Laval, Dre Blandine Piquet-Gauthier, directrice de santé publique des Laurentides et Madame Jenny Charest, de l'Agence de la santé et des services sociaux.
La vulnérabilité de la population des Laurentides
Dans notre région, ce seront près de 70 000 personnes défavorisées, tant au plan matériel que social, qui se retrouveront à proximité des deux complexes de divertissement. Cette proximité et accessibilité géographique à des espaces de jeux ont pour conséquence un accroissement des dépendances et des problèmes psychosociaux. L'étude des dossiers du coroner sur les suicides survenus dans la région des Laurentides entre 2001 et 2005 révèle un portrait plutôt sombre des conséquences individuelles, familiales et sociales reliées aux problématiques du jeu d'ALV et qui ont touché directement des citoyens de notre région. Ainsi, plus de 12 % des décès par suicide entre 2001 et 2005 dans la région des Laurentides sont associés à des problèmes financiers ou à une problématique de jeu pathologique.
L'organisation des services
Plusieurs groupes et organismes, consultés pour la préparation de cet avis, s'inquiètent de l'impact que pourrait avoir l'arrivée d'un grand nombre d'ALV dans la région pour les populations déjà vulnérabilisées par des conditions socio-économiques, matérielles et sociales peu favorables. Une augmentation appréciable du nombre de joueurs pathologiques ainsi qu'un accroissement important de l'isolement et de la détresse sociale sont à craindre. L'augmentation prévisible de la pression sur les services d'aide aux joueurs pathologiques et sur les services de première et de deuxième ligne des établissements du réseau de la santé et des services sociaux représente un autre enjeu de taille.
Allons-nous assister à un «déménagement» des problèmes rencontrés dans d'autres régions vers les Laurentides? En effet, l'augmentation prévisible du nombre de joueurs pathologiques ou à risque due à l'accroissement de l'offre de jeu ainsi que la gravité des problèmes que vivent ces personnes et leur entourage nous amènent à conclure que les projets présentés comportent des inconnues majeures et ne procurent pas de garanties suffisantes pour contrer les effets néfastes sur la santé pour la population des Lau rentides.
Le principe de précaution qui doit nous guider justifie que Loto-Québec révise son projet dans la couronne nord de Montréal et de Mont-Tremblant et mette en place de nouvelles mesures d'atténuation.

De gauche à droite : Madame Jenny Charest, agente de planification à L'Agence de la santé et des services sociaux des Laurentides, Dre Blandine Piquet-Gauthier, directrice de santé publique des Laurentides et Monsieur Yves Lachapelle, directeur général du Centre de santé et de services sociaux des Laurentides.
Bref, Dre Piquet-Gauthier précise: «je ne suis pas contre l'ajout de complexes récréotouristiques et familiaux au cur de la région, reconnue pour ses nombreux attraits touristiques. Cependant, je tiens à affirmer que le développement économique ne doit pas se réaliser au détriment du développement social et du bien-être de la population. » Elle recommande la mise en place de plusieurs mesures afin de tenter d'atténuer le risque à la santé lié à l'augmentation de l'offre de jeu dans les Laurentides.