
« le VIH ne se transmet pas dans les activités
de la vie quotidienne,
mais il est faux de penser que vivre avec le VIH
soit sans conséquence »
Le premier décembre est traditionnellement une date symbolique dans la lutte contre le sida, qui permet chaque année de rappeler la réalité alarmante de cette épidémie dans le monde et ses conséquences dramatiques au plan familial, social et économique.
La situation actuelle

On estime quau Québec, entre 17 000 et 18 000 personnes vivent avec le VIH et environ un millier dindividus contractent le virus chaque année. Par rapport à 1996, on constate une augmentation de 33% du nombre cumulatif de cas déclaré et de 10% depuis le début des années 2000. Depuis 2002, on estime que 23% de ces cas sont de sexe féminin. Lâge moyen des personnes atteintes au Québec est de 40,5 ans (41,4 pour les hommes et 37,6 pour les femmes).
Environ les deux tiers de lensemble des nouveaux cas déclarés dinfection au VIH pour lesquels linformation est disponible proviennent de la région de Montréal (67,2%). Vient ensuite la région de la Montérégie (7,9%), de la Capitale-Nationale (6,5%) suivie en quatrième place des Laurentides (3,4%) et de lOutaouais avec (3,2%). Le Bas St-Laurent, le Saguenay-Lac-St-Jean, lEstrie, lAbitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord, la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine, Chaudière-Appalaches sont des régions ayant chacune moins de 2% des cas. Il ny a aucun cas dans la région du Nord-du-Québec.
Les conséquences
Aujourdhui, on se rend compte que les thérapies antivirales ont modifié le visage du sida : la majorité des personnes atteintes par le VIH sont actives au sein de la société. Par contre, les traitements ont eu leffet pervers de rendre linfection moins visible et, par conséquent, de laisser sinstaller une certaine banalisation. Dune infection non traitable avec un pronostic très sombre, linfection au VIH est maintenant perçue comme une maladie chronique. Les personnes aux prises avec le VIH doivent se soumettre à une médication importante qui peut impliquer des effets secondaires incommodants. Elles doivent veiller scrupuleusement à leur santé et éviter les risques inutiles. Leur vie amoureuse sen trouve affectée : elles appréhendent toujours le moment où elles devront divulguer leur état de santé à leur nouveau partenaire.
Si lépidémie continue de frapper gravement les personnes qui font usage de drogues par injection, on remarque quil y a recrudescence du VIH chez les jeunes gais. Les hommes homosexuels sont toujours le groupe le plus touché par le VIH (51,4% de lensemble des nouveaux cas déclarés). Par ailleurs, on constate aussi une hausse majeure des infections transmissibles sexuellement (ITS) telles linfection gonococcique et la syphilis de même quune émergence dITS comme la lymphogranulomatose vénérienne. Il est raisonnable de penser à un relâchement dans ladoption et le maintien de comportements sexuels sécuritaires comme lutilisation systématique du condom.
Il sagit maintenant de comprendre pourquoi certaines personnes négligent le moyen encore le plus sécuritaire de prévenir linfection par le VIH lors de leurs relations sexuelles.
La banalisation du VIH
Le maintien des préjugés

La banalisation nest sans doute pas non plus étrangère à un sentiment de lassitude face aux messages de prévention, lassitude de donner préséance à la maladie sur le plaisir et la spontanéité. Sil faut continuer à informer les générations nouvelles comme lont été les précédentes, et force est de constater quil faut transmettre les messages en tenant compte des contextes dans lesquels ils sinscrivent comme la pauvreté, la toxicomanie, litinérance et la violence ainsi que les problèmes de santé mentale qui représentent tous une difficulté supplémentaire à ladoption de comportements sécuritaires.
Par ailleurs, même en 2006 un paradoxe demeure : si dune part on assiste à une banalisation du sida, dautre part, malgré toutes les connaissances accumulées sur la façon dont linfection au VIH se transmet, mais aussi sur les façons dont elle ne se transmet pas, on observe encore des préjugés envers les personnes infectées ou à risque de lêtre. Encore en 2006, la peur de côtoyer une personne atteinte de linfection au VIH peut favoriser son isolement.
Limportance des activités de prévention
au Québec et dans les Laurentides
Au Québec comme dans la région des Laurentides, cest grâce à des investissements dans les services préventifs et aux efforts de tous les professionnels de la santé des Centres de santé et de services sociaux (CSSS) et des intervenants des organismes communautaires tels que le Centre Sida Amitié de la région des Laurentides, que nous pouvons prévenir la progression de lépidémie du VIH et continuer la lutte aux infections transmissibles sexuellement. Les principaux défis de la prévention sont de soutenir ladoption et le maintien de comportements sexuels plus sécuritaires, de garantir un accès rapide à linformation, aux tests de dépistage, aux traitements et au soutien psychosocial, lorsque requis.
Des outils dinformation (brochures, dépliants, affiches) sont mis à la disposition du réseau de la santé et des organismes communautaires pour rejoindre leurs clientèles respectives. Des activités de sensibilisation et dinformation sont aussi réalisées en milieu scolaire. Lamélioration de laccès au dépistage est visée par limplantation de Services Intégrés de Dépistage et de Prévention des ITS dans chaque CSSS de la région. Des activités de formation sont aussi offertes aux intervenants pour les soutenir dans leur offre de services et des guides sont diffusés pour favoriser une harmonisation des pratiques. Des activités visant non seulement laccès au matériel dinjection stérile, mais aussi la récupération des seringues dans lenvironnement mobilisent des acteurs du réseau de la santé, communautaire et municipal.
Le constat de la hausse des ITS indique que toutes ces activités doivent non seulement être maintenues, mais consolidées et intensifiées à tous les niveaux. Cest le grand défi à réaliser dans le contexte de ressources limitées et de besoins pressants concernant des problématiques diverses, mais qui convergent vers les mêmes ressources.
Le défi de la Journée mondiale sida
Le défi de la Journée mondiale sida consiste à contrer la banalisation sans pour autant stigmatiser les personnes qui vivent avec le VIH. Cest dailleurs le thème adopté par le ministère de la Santé et des Services sociaux pour la Journée mondiale sida 2006 en souhaitant rappeler à la population que : « le VIH ne se transmet pas dans les activités de la vie quotidienne, mais quil est faux de penser que vivre avec le VIH soit sans conséquence ». Nous devons nous réjouir quavec la compréhension de la transmission, les personnes atteintes ne vivent plus la discrimination de la même façon. Malgré la médication et le fait que les personnes atteintes peuvent maintenant vivre normalement, participer pleinement à la vie sociale, travailler et avoir des relations affectives normales, il nen demeure pas moins que les personnes qui vivent avec le VIH doivent assumer une réalité différente et parfois difficile.