Ah, que l'hiver peut être doux!!!

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S’il y a une saison qui ne nous laisse pas indifférents et qui ne fait pas pour autant l’unanimité, c’est bien l’hiver. Plusieurs de nos congénères haïssent tellement cette saison qu’ils la fuient pour des cieux beaucoup plus cléments au niveau de la température. Ce sont, entre autres, nos Snow Birds annuels. D’autres l’adorent tellement qu’ils trouvent qu’elle ne dure jamais assez longtemps pour leur permettre de pratiquer leur sport préféré. Enfin, la plupart d’entre nous, nous nous en accommodons parce que nous n’avons guère le choix.

L’hiver a ses aspects pénibles quand il nous offre ses très grands froids, ses tempêtes du siècle ou ses verglas. Par contre, que cette saison peut être douce sur plusieurs plans. Nous n’avons qu’à penser aux multiples paysages d’une très grande beauté qui s’offrent à nous, entre autres, dans les Laurentides. Il y a le plaisir de faire une randonnée pédestre par une de ses belles journées ensoleillées. Il y a le bonheur de se caler dans notre fauteuil devant un magnifique feu de foyer. Samedi dernier, le 30 janvier, je me suis rendu, par un froid plutôt sibérien, assister avec ma conjointe à un autre spectacle des Diffusions Amal’Gamme. Nous nous sommes dit que, par une telle température, nos ouvreurs d’art n’étaient pas chanceux et qu’ils risquaient grandement d’avoir une assistance plutôt faible. Qui sortirait pour voir un spectacle aussi invitant soit-il par une température à ne pas laisser son animal de compagnie dehors, comme on dit communément? Erreur! La salle de l’église Saint-François-Xavier de Prévost était remplie à pleine capacité. Pas pour entendre une vedette très « hot » de la scène populaire! Non. Au programme : un pianiste et une de ses élèves.

Dès le départ, la table était mise pour une soirée prometteuse. Le piano majestueux attendait ses artistes dans un décor chaleureux où, entre autres, les multiples bougies et les gros coussins judicieusement placés contribuaient déjà à nous faire oublier très rapidement le froid extérieur. En première partie, une belle adolescente à tous les points de vue, Yogane Lacombe, nous a offert des apéritifs dignes des grands chefs. Yogane est une élève très talentueuse de Michel Fournier. Elle a remporté en 2009 une médaille d’or avec distinction au Festival des Jeunes Musiciens des Laurentides. C’est peu dire.

Voir à l’œuvre une si jeune artiste avec autant de talent m’a toujours très impressionné, moi qui a toujours rêvé d’être au moins un pianiste de salon, mais qui ne le fut jamais parce que j’ai fait d’autres choix et que, surtout, je n’y ai pas mis dès ma tendre enfance les innombrables heures de travail que cela requière. Pour Yogane, en raison de son jeune âge et malgré le fait que tout cela lui semble si facile, nous ne pouvons, pour autant,  ignorer tout le travail qui est sous-jacent à une telle prestation. Car la facilité des œuvres n’était pas au rendez-vous. Ce n’étaient pas des œuvres pour enfants. Son interprétation du Nocturne opus 15 no. 1 de Frédéric Chopin et celle d’Arlequin et Pantalon de Pierre-Max Dubois exigeaient une très grande maîtrise musicale, sans oublier son duo avec son pédagogue. Yogane Lacombe a été à la hauteur de son talent riche en croissance. Elle sera sûrement une de nos futures ambassadrices musicales à travers la planète.

Son maître musical, Michel Fournier, l’est déjà. Un habitué parmi les artistes invités des Diffusions Amal’Gamme, il nous offrait en ce très froid samedi soir de la fin janvier de nous joindre à lui comme si nous étions chez lui dans son salon, endroit privilégié où il adore jouer du piano pour ses invités. Ses regards poétiques de l’hiver n’avaient pour but que de nous faire aimer beaucoup plus cette saison trop souvent méprisée.

Malgré une certaine gêne ou retenue quand il s’adresse au public, Michel Fournier a un charisme indéniable qui sait conquérir tôt ou tard l’ensemble de son public. Cette gêne, cette retenue disparaissent dès qu’il touche à son piano. Très rapidement, son invitation à le rejoindre dans son salon devant un très beau feu de foyer pour goûter à la très grande douceur de l’hiver, nous n’avons pas été lents à l’accepter. Très rapidement, nous nous sommes sentis dans cette atmosphère si conviviale. Je me voyais très bien calé dans un de ses fauteuils, m’abandonnant à ses cadeaux musicaux pour mon très grand bien-être et mon plus grand bonheur.

Ce séducteur musical a su nous conquérir par ses œuvres toutes en douceurs, comme il se doit en présence d’un bon feu de foyer. Mais, Michel Fournier ne s’est pas contenté de nous séduire musicalement. Il nous a invités à chausser nos patins, dans notre tête, pour aller sur son étang gelé à l’extérieur de chez lui pendant qu’il nous interprétait la Valse des patineurs, comme l’aurait fait tout bon hôte aussi doué. Nous avons même eu droit à un conte musical où la reine du carnaval est amoureuse du Bonhomme Carnaval et où le maire ne saurait lui être indifférent. C’était du gâteau.

Michel Fournier sait recevoir. Finalement, dans la salle de l’église Saint-François-Xavier, à Prévost, ce n’était pas lui et son élève qui étaient les invités. C’est plutôt nous qui étions les invités de ce très grand pianiste de chez-nous. C’est tout dire. Si vous ne le connaissiez pas déjà, retenez son nom! Surveillez sa prochaine prestation dans notre région! Allez vous procurer son dernier cd! Vous ne le regretterez pas, si ce n’est de ne pas avoir été présent ce samedi soir de janvier 2010.

Ah, que l’hiver fut doux ce soir-là!!!

Pierre Lauzon       
Les éditions Pommamour