Pour clôturer sa programmation de spectacles 2009-2010, les Diffusions Amal’Gamme nous avaient conviés à une soirée festive sous le soleil principal du Brésil. Au menu, tout un dessert de fin de saison, le trio Expresso. Tout comme le café du même nom, il y a de quoi se tenir éveillé et d’avoir le goût de bouger.
Ce trio est composé de deux québécois et d’un russe. Dès le départ, il y a de quoi surprendre un tantinet. Que deux québécois fassent dans la musique brésilienne, ça se comprend plus facilement, compte tenu de nos racines latines. Toutefois, voir et entendre un russe interpréter une telle musique, il y a de quoi surprendre aux premiers abords. Il faut dire que Vladimir Sidorov n’est pas le dernier venu comme artiste. Installé à Montréal depuis plus d’une douzaine d’années, il ne nous est pas inconnu, surtout pour les fidèles des spectacles des Diffusions Amal’Gamme. En effet, il accompagnait magnifiquement Sergeï Trofanov en octobre dernier. Cette fois-ci, c’est en tant que membre fondateur du trio Expresso et principal arrangeur de leurs pièces musicales qu’il nous a fait l’honneur de son très grand talent. D’ailleurs, quelques pièces au programme étaient ses propres compositions. Interprète émérite du bayan, un accordéon à basses chromatiques, il sait toujours se faire remarquer par la qualité de ses interprétations. Il serait sûrement très agréable de l’entendre en spectacle solo dans un avenir pas trop lointain.
Guy Pelletier fut le premier complice de Vladimir Sidorov dans la création de ce trio. Lui aussi n’est pas le premier venu. Il a déjà toute une feuille de route impressionnante en termes de concerts, de tournées mondiales, d’enregistrements. En plus d’être professeur de flûte traversière au Collège de Trois-Rivières et à l’Université Concordia, il est très actif comme musicien de studio et comme membre de groupes musicaux. Pour la flûte ou, plutôt, les flûtes, il s’y connaît. En ce samedi de la mi-mai, il en a utilisé plus d’une, même dans une même œuvre, pour rehausser la qualité d’interprétation du trio.
Éric Breton est le plus jeune du groupe, musicalement parlant, ce qui n’enlève rien à son talent. Depuis plus de 15 ans, il se spécialise en rythmes du monde et ce n’est pas surprenant de le voir utiliser de très nombreux instruments de percussions quand on sait que son premier maître fut Luc Boivin, le percussionniste québécois très connu aux utilisations multiples d’instruments de toutes sortes pour rehausser les saveurs des œuvres au programme.
C’est donc encore une fois avec des artistes de très grand talent que nous avions rendez-vous en l’église Saint-François-Xavier de Prévost. Certes, le titre du spectacle pouvait prêter à mésentente. Parfums du Brésil nous laisse entrevoir une soirée où la musique brésilienne traditionnelle sera de la fête. Toutefois, comme nous l’a précisé Guy Pelletier vers la fin du spectacle, ce titre se veut un ensemble de pièces d’inspiration surtout brésilienne, mais avec l’ajout de différents éléments musicaux pour leur donner différents parfums particuliers, ce qui fait que même des œuvres connues du public prenaient des allures festives et d’improvisations jazzées, et que l’on ne les reconnaissait plus. Ce qui pouvait être déconcertant selon les attentes que nous pouvions avoir en allant voir ce spectacle. Car, que nous le voulions ou non, chaque spectateur se présente à n’importe quel spectacle avec ses propres attentes et c’est ce qui établit son degré de satisfaction ou non de la soirée musicale qu’il vient de vivre. C’est pourquoi, le trio aurait eu intérêt à bien préciser le cadre musical de leur spectacle dès le départ pour que tous et toutes soient sur la même longueur d’onde.
Hormis ce petit détail, mais quand même important et non négligeable, le spectacle de samedi dernier était très relevé musicalement et très riches en parfums, peut-être même un petit peu trop quand les trois musiciens étiraient le saupoudrage de notes ici et là dans leurs improvisations. Ce sont plus de quinze œuvres qui étaient au programme, dont toutes avaient une saveur brésilienne plus ou moins accentuée et dont certaines étaient des parfums très relevés et exaltants. Même si le spectateur ne retrouvait pas ses attentes premières, il était en mesure de savourer, d’apprécier tout le brio de ce trio.
Terminer une saison de vingt spectacles sur une note aussi ensoleillée et festive, cela ne peut que nous faire entrevoir un été très prometteur. Merci, Diffusions Amal’Gamme!
Pierre Lauzon
Les éditions Pommamour