Mirabel : retour de 11 000 acres aux agriculteurs

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Une injustice qui doit nous servir de leçon
"Nous assistons à un événement historique aujourd'hui. Il aura en effet fallu 37 ans pour qu'on répare une des plus terribles injustices de l'histoire du Québec agricole. Il y a lieu de se réjouir, spécialement pour les agriculteurs et les agricultrices qui pourront recouvrer leur bien."

M. Marcel Denis, président du Comité des 11 000 acres et président du Syndicat local de l'UPA Sainte-Scholastique-Mirabel précise au Premier ministre M. Stephen Harper et au ministre des Transports, M. Lawrence Cannon le site des 11 000 acres.
M. Laurent Pellerin, président de l'Union des producteurs agricoles (UPA), commentait ainsi, lundi après-midi à Sainte-Scholastique, l'annonce faite par le Premier ministre Harper. Le gouvernement fédéral a décidé de retourner aux agriculteurs la propriété de 11 000 acres de terres autour de l'aéroport de Mirabel.
 
Il s’agit en particulier des terres qui longent la Route 50 entre La 15 et l’Aéroport proprement dit.  Une centaine de familles sont concernées par cette rétrocession.  En 1985, le gouvernement Mulroney avait déjà rétrocédé de cette façon, 80 000 des 97 000 acres expropriés en 1969 et qui touchaient alors plus de 3 400 foyers. Le terrain occupé par l’ensemble des installations aéroportuaires, fort peu fréquentées par ailleurs, ne couvre que 5200 acres
 
Hubert Meilleur dépité
 
Il va sans dire que le maire de Mirabel, M. Hubert Meilleur, est ressorti de la salle paroissiale de Ste-Scholastique guère joyeux.  Bien que M. Harper l’ait salué du bout des lèvres en début d’allocution, ça n’a pas suffi.  M. Meilleur réclamait 2 000 acres pour agrandir le parc industriel de la ville. Il s’inquiète surtout de l’utilisation que les éventuels acquéreurs de ces portions de patrimoine pourraient faire de ces terres.  Par exemple, en faire profiter indûment des développeurs immobiliers.  M. Meilleur éprouve aussi un agacement certain face aux prétentions des Premières Nations.
 
On sait que les Mohawks de Kanesatake ont demandé au premier ministre de respecter leurs droits et de négocier avant de rétrocéder les terres de Mirabel, lesquelles font partie de la Seigneurie du Lac des Deux Montagnes. En conférence de presse, M. Harper a été plus coulant sur ce dossier, affirmant que son ministre des Transports, M. Lawrence Cannon devait avoir des rencontres avec leurs représentants.

    "Compte tenu de la qualité de la recherche historique et de son analyse juridique, le Canada n'aura pas d'autre choix que d'entamer le processus de négociation menant à la reconnaissance de notre droit de possession sur ces terres et à un dédommagement. C'est une question de justice et d'équité pour tous les gens de Kanesatake qui devra être reconnue par le Canada" a déclaré le Chef Clarence Simon.
 
Pour en revenir aux producteurs agricoles
 
Selon le président de l'UPA, « c'est une véritable saga qui prend fin. Une saga épouvantable pour des gens dont certains se sont fait déposséder d'un bien qui était dans la famille depuis des générations. On doit saluer la détermination et la ténacité de ces agriculteurs qui, devenus locataires "chez eux", ont continué à cultiver ces terres et à livrer bataille avec l'espoir, qu'un jour, on leur rendrait enfin leur bien. Ce jour-là est enfin venu!»
 
   « Mirabel doit nous servir de leçon ».
 
 « Les terres agricoles constituent un patrimoine précieux, tant individuellement que collectivement. Si le développement a ses exigences, nous avons le devoir, comme société, de protéger ce patrimoine, à plus forte raison quand il y a des solutions de remplacement », d'insister Laurent Pellerin, en rappelant que l'étalement urbain, avec ses autoroutes notamment, exige un lourd tribut du secteur agricole.
 
    Chaque année, au Québec, on perd en moyenne 4 400 hectares en zone agricole, "soit l'équivalent de la superficie de l'île de Montréal à tous les dix ans!" a rappelé le président de l'UPA. C'est l'évidence qu'il faut mieux protéger nos terres agricoles. Et je me réjouis de voir, qu'aujourd'hui, des politiciens s'y montrent sensibles et rejoignent en cela une population très majoritairement de cet avis (98 %) d'après les sondages."
 
 
Promesse faite, promesse tenue
 
En novembre 2004, alors qu’il était dans l’opposition, le Premier ministre Harper avait déposé à la Chambre des communes une motion demandant au gouvernement de vendre ces acres dont les propriétaires avaient été inutilement expropriés en 1969.
« Je suis heureux d'annoncer aujourd'hui que notre nouveau gouvernement permettra aux agriculteurs de racheter les terres qu'ils louent actuellement », a déclaré le Premier ministre. « Nous avons fait une promesse et l'avons tenue. »
 
« L’annonce d’aujourd’hui donne enfin aux agriculteurs de Mirabel la possibilité de posséder la terre sur laquelle ils travaillent depuis tant d’années », a ajouté le ministre des Transports, de l’Infrastructure et des collectivités, M. Cannon, également député du comté presque voisin de Pontiac. « Pour certains, c’est l’occasion de reprendre possession de la terre qui appartenait à leur famille depuis des générations. Et c’est aussi l’occasion de tourner la page et de regarder vers l’avenir. »
 
Comités de transition et de surveillance
 
Un comité de transition composé de représentants de l’Union des producteurs agricoles, des locataires, de Transports Canada, ainsi que de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada sera mis sur pied au cours des prochaines semaines pour élaborer les détails de ce programme de vente.
 
Le comité sera chargé de recommander les modalités de la vente des terres aux agriculteurs et de proposer des solutions aux problèmes qui pourraient surgir. Il sera présidé par Daniel Picotte, un avocat versé dans les transactions et acquisitions touchant les aéroports.
 
Pour respecter l’engagement que le gouvernement a pris à l’égard de l’environnement, un partenariat de gestion associant Transports Canada et Environnement Canada sera mis sur pied pour protéger les zones humides que comprennent les 11 000 acres de terrains.
 
Le complexe récréatif

Par ailleurs, les démarches de transformation de l'ancien aéroport vont bon train, selon ADM. Dans un communiqué publié le 1er décembre, l'organisme prévoit que des baux pourront être signés avec le consortium européen I-Parks Oger international.
 
Le groupe veut lancer un multiplex récréatif sur le site de l'ancien aéroport. La signature d'un bail lui permettra de lancer les études techniques et d'amorcer les travaux de rénovation de l'hôtel dès 2007. Il prévoit la construction d'un parc de 100 000 mètres carrés axé sur les thèmes de l'eau et de l'espace.