Étaient-ce les routes secondaires cahoteuses ou la lassitude de l’hiver qui a tendance à nous rendre beaucoup plus sédentaire qu’à l’accoutumée? Toujours est-il que ce samedi soir du 12 mars a été certes le rendez-vous musical le moins facile pour les Diffusions Amal’Gamme et pour ses fidèles adeptes. Beaucoup trop peu de gens des Laurentides ont répondu à cette offre de rendez-vous.
Était-ce le fait que l’artiste au programme, Patrick Kearney, est un guitariste classique? Au premier abord, ce n’est peut-être pas évident de payer, même si ce n’est que vingt dollars, pour aller voir la prestation d’un artiste jouer de la guitare en solo avec un répertoire dit classique. Car il ne suffit pas d’être hautement talentueux pour que le charme opère. Il est évident que plusieurs personnes n’ont pas pris cette chance d’aller voir et se sont réservés pour d’autres spectacles à venir.
Patrick Kearney a la guitare dans le sang. Son talent est indéniable. Il est non seulement interprète, mais il est aussi compositeur et directeur artistique du Festival de guitare de Montréal. Depuis l’âge de huit ans qu’il se consacre à la guitare par des études ici et en Europe. Il a remporté de nombreuses distinctions. Il s’est produit à plusieurs reprises tant en Europe, qu’aux États-Unis et au Canada. En plus d’être actuellement professeur de musique tant au niveau collégial qu’universitaire, il est appelé fréquemment à donné de nombreuses classes de maître tant, encore une fois, ici qu’en Europe et aux États-Unis.
Donc, au niveau de la compétence, de sa virtuosité, de son talent, il est sans aucun doute un grand artiste. Par contre, je n’ai pas la connaissance ou l’oreille pour en juger d’une façon précise. Il aurait fallu qu’un guitariste aguerri que je connais depuis de nombreuses années soit présent pour me donner son appréciation professionnelle, mais Claude n’était pas là. En dehors du haut niveau de compétence de monsieur Kearney, je me questionne sur certaines critiques élogieuses à son égard. Quand on parle de coup de cœur, d’auditoire captivée, d’enthousiasme contagieux ou de salle soulevée par sa prestation, je n’ai nullement senti cela dans la salle de l’Église Saint-François-Xavier de Prévost.
À part quelques individus, des connaisseurs certes, des initiés à ce genre de musique, trop peu de gens ont semblé captivés, avoir un coup de cœur ou même un peu contaminés par son enthousiasme. Les messieurs et mesdames Toutlemonde n’ont pas trouvé réponse à leurs attentes pour ce spectacle. La très faible assistance a d’ailleurs perdu de ses membres lors de l’entracte. Patrick Kearney n’avait pas su les captiver et les retenir. C’est malheureux. Personnellement, j’aurais eu tendance à en faire de même, car j’ai trouvé la première partie austère, difficile. Si ce n’était de vouloir donner une chance au coureur, ou plutôt à l’artiste, ma conjointe et moi, nous aurions nous aussi quitté à la pause. Heureusement, j’ai personnellement pu apprécier la toute dernière pièce au programme, « Koyunbaba » de Carlo Domeniconi. Toute une prestation. Je dis la dernière pièce au programme, car il n’y a eu aucune ovation de l’ensemble des spectateurs, à part quelques connaisseurs sûrement, et donc, aucune demande véritable pour un rappel.
Ce n’était pourtant pas parce que Patrick Kearney n’a pas essayé de captiver cette salle. Avant chaque pièce musicale, il nous entretenait du qui et du pourquoi de l’œuvre. Sur cet aspect, il est loin d’être austère. Toutefois, quand il nous avertit très candidement que si certains connaissent la pièce qu’il s’apprête à jouer, il leur demande d’avance de l’excuser s’il se trompe, cela n’est pas de nature à rassurer le profane. Évidemment, même les plus grands artistes peuvent se tromper, mais de là à nous avertir que c’est fort possible que cela arrive, c’est complètement inutile pour monsieur et madame Toutelemonde parce qu’ils sont incapables de distinguer le vrai du faux dans une œuvre qu’ils n’ont jamais entendue.
Quand monsieur Kearney nous présente une autre pièce de son programme et nous met en garde pour son caractère plutôt austère ou difficile, il aura beau nous inviter, si cela s’avère trop ardu pour nous, néophytes, à nous concentrer sur les photos qui défileront derrière lui, il oublie que nous sommes venus avant tout pour l’entendre et non pour visionner des photos sur un drap. Pourquoi avoir choisi alors une telle pièce musicale qui risque de faire décrocher plusieurs personnes, plutôt que de programmer une œuvre qui contribuera à charmer son auditoire? S’il avait été devant un auditoire d’initiés, de fins connaisseurs, sa programmation aurait été certes à la hauteur des attentes d’un tel auditoire. À Prévost, notre diffuseur laurentien vise avant tout un large public, dont certains connaisseurs, si je ne me trompe.
Ce n’est pas qu’on se veut de son temps et qu’on utilise la formule diaporama ou vidéo de façon quelque peu artisanale comme au secondaire ou au cégep (sans vouloir faire insulte à plusieurs étudiants qui pourraient faire beaucoup mieux!), que la séduction va opérer davantage. Au contraire, cet artifice, en apparence accrocheur à première vue, devient vite une source de distraction inutile. Le seul talent de l’artiste devrait suffire. Ce n’est pas parce que de très belles photos défilent en arrière-plan ou qu’un train sans conducteur ne cesse de rouler en boucle sur ce drap, que l’appréciation est plus grande pour l’œuvre. Un grand artiste n’a nullement besoin d’attirer l’attention de son public sur autre chose pendant qu’il est en prestation.
Heureusement, à quarante-huit heures du printemps, samedi prochain, le quatuor Cordâme sera à Prévost pour nous charmer… sans aucun doute.
Pierre Lauzon
Les éditions Pommamour