Décidément, il y en a qui ne comprendront jamais ou qui, en fait, savent fort bien ce qu’il faut faire pour récidiver et même, pousser plus loin leurs récidives. En 2009-2010, les Diffusions Amal’Gamme avaient commis plusieurs « crimes » musicaux dans les Laurentides, dont certains de très grande qualité. Ce diffuseur avait déjà fait la preuve irréfutable qu’il y a place pour de très grands artistes dans notre coin de pays. Le côté pernicieux de leurs exploits, c’est que les gens ne connaissent pas, ou si peu, ces artistes de tous les horizons. Le public répond aux rendez-vous. Et pan! Le « crime » est commis. Les gens sont séduits.
Comme si ce n’était pas suffisant, pour leur nouvelle programmation 2010-2011, ces ouvreurs d’art des Laurentides avaient mis le paquet pour séduire encore plus musicalement, comme si cela était encore possible, les gens de chez-nous. Avec une brochure de très haute qualité, les Diffusions Amal’Gamme avaient mis la table pour pousser encore plus loin la note. Quand on vise le « crime » parfait ou presque, il y a danger de ne pas être à la hauteur de notre renommée.
Dès la mi-août, ce diffuseur avait frappé fort avec un concert hors-saison qui mettait en lumière le talent fou d’une jeune violoniste chinoise de treize ans, Melody Ye Yuan, une des plus doués de son groupe d’âge au monde, et d’une pianiste montréalaise, d’origine chilienne, Alejandra Cifuentes Diaz. Quand on met la barre aussi haute dès sa première tentative de séduire de la saison, il y a risque de tomber de haut.
Puis, tout au cours des neuf derniers mois, les Diffusions Amal’Gamme ont invité dans leur salle de Prévost de nombreux séducteurs musicaux. Il y a eu la pianiste, Cristina Altamura, qui a rendu si heureux Chopin sur son nuage à l’occasion de son 200e anniversaire de naissance. Lui a succédé une autre pianiste, Lucille Chung, qui est venu faire la preuve qu’il n’y avait pas que son piano qui était prodigieux. Un troisième pianiste, originaire des Laurentides, Guillaume Martineau, est venu étaler la beauté de son piano caméléon.
Après la période des Fêtes, un jérômien de 19 ans, Philippe Prud’homme, un gars du coin, a poussé l’audace jusqu’à nous arracher un Wow! d’admiration devant un si grand talent comme pianiste, pour son âge si jeune. Il ne semble pas y avoir d’âge pour conquérir un public. Le pianiste, Alexandre Robillard, et le violoncelliste, Stéphane Tétreault, ont gagné aisément le vote des fidèles de l’église Saint-François-Xavier de Prévost où ont lieu tous ces méfaits, que dis-je, ces bienfaits. Enfin, le pianiste, Wonny Song a poussé la note à son paroxysme pour notre plus grand bonheur de mélomane que nous sommes à différents niveaux.
Comme si ce n’était pas suffisant d’être seul pour commettre leurs « crimes » musicaux, on s’y est mis parfois à deux ou à plusieurs pour y arriver. Ce fut le cas des deux sœurs Lambert-Chan qui se sont exécutées dans un si belle harmonie. Le quatuor Aveladeen, pour sa part, revient année après année. On devrait se méfier et connaître leurs techniques de séduction. Mais non! Ils réussissent constamment à nous prendre au dépourvu dans le maniement de leur art pour que notre bonheur musical soit au rendez-vous dans la froidure de janvier. Puis, nous avons eu droit au pur enchantement du quatuor Cordâme, au party du quintette Kleztory, et à l’envoûtement du tango par le trio Fiestango.
Même si le courant a moins bien passé avec le cabotinage du quatuor, Men in Jazz, avec l’absence de Piazzolla chez le duo Piazzolla, avec la technicalité du violoniste, Jonathan Crow, et du pianiste Philip Chiu, avec les drôles d’impressions de Patrick Kearney, avec la maturité musicale de Michel Kozlovsky, force est d’admettre qu’à chacune de ces occasions, le talent n’a cessé d’être au rendez-vous.
Deux québécoises, une laurentienne et une lanaudoise, ont ajouté les mots qu’il fallait pour nous combler et nous complaire dans notre complicité de ces « crimes » musicaux. Andrée Belle-Isle nous a fait la démonstration à quel point son île est toujours belle. Enfin, Johanne Cantara est venue nous apporter un véritable baume de douceur pour nos plaies printanières.
Pour tous ces spectacles que j’ai eu le bonheur d’assister en 2010-2011 dans la salle des Diffusions Amal’Gamme, je les accuse et les déclare coupable de m’avoir apporté, ainsi qu’à plusieurs centaines, voire milliers, d’autres, de grands moments de bien-être musicaux, de si belles rencontres et du ravissement à profusion. Ces malfaiteurs, que dis-je encore, ces très grands bienfaiteurs musicaux, ne méritent que la peine capitale, c’est-à-dire de continuer éternellement, si possible, d’ouvrir nos horizons musicaux et d’inviter dans notre coin de pays des artistes de si grand talent, que le réseau habituel ne saurait les convier à notre table, pour de grands festins musicaux.
Diffusions Amal’Gamme, un grand merci de récidiver encore et encore!
Pierre Lauzon
Les éditions Pommamour