Y swingnent

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Rien n’était comme d’habitude à la salle des Diffusions Amal’Gamme, à Prévost, en ce froid samedi soir de la presque Saint-Valentin. Au programme, U Swing, un quatuor de quatre musiciens québécois de jazz qui se donne une saveur de « crooner » moderne. Accueilli par un petit chocolat comme cela s’imposait dans les circonstances, ma conjointe et moi, nous avons eu peine à trouver la place qui nous était assignée pour cette soirée. J’ai vite compris que si les journalistes ou les observateurs sont relégués à la huitième rangée sur une possibilité de treize, c’est que notre diffuseur laurentien a réussi à vendre d’avance un grand nombre de ses billets, tant à des abonnés qu’aux membres du partenariat de cette soirée. Faut-il espérer qu’il ait encore plus de succès, car pour donner ses impressions sur un spectacle, il ne suffit pas de les entendre, mais aussi de voir le ou les artistes ?

Ce partenariat était le Laurentian Club of Canada, un organisme qui regroupe les anglophones des Laurentides pour des activités communes. Si déjà il y a des anglophones qui assistent régulièrement aux spectacles des Diffusions Amal’Gamme, ce samedi soir, le taux était encore plus élevé. Et c’est très heureux ainsi. C’est pourquoi nous avons eu droit, pour la première fois, à un programme (version papier) en grande partie bilingue. De plus, la présidente du Laurentian Club of Canada est venue nous adresser quelques mots avant le début du spectacle, suite à l’invitation d’Yvan Gladu, le président de notre diffuseur laurentien. Alors qu’on aurait pu s’attendre à un texte presque ou totalement anglophone, c’est avec bonheur que nous avons vu la présidente s’adresser au public, habituellement très francophone, presqu’uniquement en français. Bravo et chapeau, madame la présidente, pour cet effort et ce respect du public !

Et le spectacle dans tout cela ? J’y arrive. Il est évident que l’atmosphère d’un spectacle de musique classique diffère grandement d’un spectacle de jazz. La musique classique invite rarement le spectateur à taper du pied et à rajouter un « beat » supplémentaire aux autres spectateurs tout autour. C’est différent. Même si ce « beat » ou le fait que les gens ont plus tendance à parler dans un tel contexte peuvent déranger, cela fait, veux, veux pas, partie de ce genre de spectacle. Et ce samedi soir n’y a pas fait exception, car ce quatuor, comme son nom l’indique, espère faire swingner un peu, au moins, son public.

Ce quatuor a été fondé en 1998. Donc, il a déjà plus d’une décennie d’expériences derrière leur cravate. C’est premièrement Vincent Gosselin, le chanteur et contrebassiste du groupe. Bachelier en musique de l’université de Montréal, il est un des membres fondateurs de U Swing. Sa voix, comme tout bon « crooner », est caressante. C’est très agréable de l’entendre moduler les succès d’hier. Il a un très bon sens de l’humour et il sait facilement mettre son public dans l’ambiance. De plus, il sait très bien faire corps avec sa contrebasse, avec qui il se permet fréquemment de presque danser.

C’est aussi Nicolas Major, guitariste et choriste du quatuor. Lui aussi bachelier en musique, mais de l’université McGill, il est également un membre à l’origine de cette formation musicale. Nicolas sait fort bien tirer son épingle du jeu, même si c’est Vincent qui occupe surtout l’avant-scène. À plusieurs reprises, son doigté musical s’est imposé pour notre plus grand bonheur. On sent la maîtrise qu’il a de son instrument. Il a la guitare dans le sang. Dès son entrée sur scène et son introduction solo, la table était mise.

Puis, il y a Stéphane Chartrand, le batteur et percussionniste. Lui aussi bachelier, mais cette fois-ci de l’université du Québec à Montréal, comme quoi toutes nos universités forment de très bons musiciens et que l’univers de la musique sait les réunir pour notre plus grand plaisir. Membre depuis le début du groupe, il était d’une certaine façon le plus effacé du quatuor derrière sa batterie et ses percussions, même si son « beat » caractéristique de cette musique contribuait au « beat » ambiant. Il sait plus difficilement tirer son épingle du jeu face à ses trois confrères, plus imposants musicalement.

Enfin, il y a Marc-Étienne Savage, le petit nouveau, si l’on peut dire, car il n’a joint le groupe qu’en 2004. Lui aussi bachelier de l’université de Montréal, il est le pianiste et claviériste du quatuor, en plus d’être le second choriste. Sa musicalité a su nous rejoindre et nous charmer. Là où il a pris soudainement toute l’avant-scène pour notre plus grand plaisir, c’est lorsqu’avant l’intermission, les autres musiciens se sont retirés en douceur et l’ont laissé finir la pièce musicale, seul, avec toute l’attention uniquement pour lui. Une des qualités de U Swing est une certaine mise en scène, à la fois planifiée et négligée, qui rajoute au cadre qu’ils désirent installer.

Comme on pouvait s’y attendre, quand on parle jazz et « crooner », c’est en anglais que les chansons étaient, sauf pour une chanson de Daniel Bélanger. Ce fut un bonheur d’entendre, entre autres, All You Need Is Love, Logical Song, Billie Jean ou Roxanne avec leur touche musicale particulière. Vincent avait invité le public à nous imaginer que nous étions confortablement assis dans le fauteuil de notre salon et de nous laisser bercer par leur musique. Ce n’était pas tout à fait cela, mais nous y étions presque.

Pierre Lauzon       
Les éditions Pommamour

P.S. : Le 25 février prochain, on change complètement de registre avec la pianiste, Alejandra Cifuentes Diaz, qui nous offrira des classiques éternels. C’est à entendre et à voir surtout, car on nous promet un peintre en direct, lors de l’interprétation des « Tableaux d’une exposition » de Moussorgsky. Un avant-goût ? Cliquez : http://www.alejandracifuentesdiaz.com/music.php