Devant une orchestre symphonique, je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais personnellement, je suis toujours impressionné de voir ces musiciens professionnels jouer, souvent très énergiquement, sans verser dans la cacophonie. Bien sûr, il y a toujours un chef d’orchestre en avant pour diriger la circulation musicale. Par contre, c’est toujours impressionnant et stimulant de voir et d’entendre chacun, avec son petit ou son plus imposant instrument de musique, circuler sans incident dans ce trafic musical et nous livrer sans accroc l’œuvre d’un grand créateur.
Samedi soir dernier le, sur la scène des Diffusions Amal’Gamme, à Prévost, ce n’était évidemment pas une orchestre symphonique qui était présente (la scène n’aurait su tous les rassembler), mais un quatuor à cordes. Toutefois, j’ai ressenti les mêmes sentiments qu’en présence d’un orchestre symphonique. Les invités étaient le nouveau Quatuor Orford. Pourquoi nouveau ? Parce qu’il y a quarante-sept ans, en 1965, à l’initiative du camp d’été des Jeunesses musicales du Canada (aujourd’hui, le Centre d’arts d’Orford), naissait un quatuor à cordes qui a eu ses heures de gloire musicale pendant plus de deux décennies. Qui a eu, parce que ce quatuor a présenté son dernier récital en juillet 1991.
Près de vingt ans plus tard, ce même Centre d’arts d’Orford a voulu faire revivre ce célèbre quatuor. Il a fait appel à Jonathan Crow, jeune violoniste déjà très réputé, pour faire renaître ce quatuor, emblème de ce Centre de très grande réputation mondiale au niveau musical. Jonathan n’est pas un inconnu à Prévost, puisqu’il est déjà venu, en novembre 2010, faire une prestation avec un pianiste. En 2002, il est devenu le plus jeune violon solo au sein d’un grand orchestre nord-américain, en étant nommé violon solo de l’Orchestre symphonique de Montréal. Comme vous voyez, malgré sa jeunesse, nous ne sommes pas en présence d’un novice, mais bien plutôt d’un professionnel de haut calibre.
Déjà la marche ou le niveau est établi. Pour compléter ce quatuor qui doit relever le défi d’être au moins à la hauteur du premier quatuor autrefois célèbre, Jonathan Crow a fait appel à d’autres pros. Premièrement, à Andrew Wan qui occupe actuellement le poste de violon solo de l’Orchestre symphonique de Montréal. Puis, il y a Eric Nowlin qui est présentement alto solo pour l’Orchestre symphonique de Toronto. Enfin, le quatrième membre du groupe est Brian Manker qui est violoncelle solo de l’Orchestre symphonique de Montréal. Tout ceci n’est qu’un tout petit aperçu de ce qu’ils font, car certains enseignent ou se produisent aussi un peu partout sur notre belle planète. Donc, ce sont des pros de très haut calibre qui nous avaient donné rendez-vous, en ce samedi soir quelque peu hivernal, à Prévost.
Le programme de la soirée n’était pas dans un domaine très familier pour le commun des mortels. Il s’agissait d’œuvres ultimes pour quatuor à cordes de trois grands maîtres, Mozart, Bartok et Beethoven. En première partie, nous avons reconnu l’univers de Mozart, même si l’œuvre en soi nous était généralement inconnue. Puis, le nouveau Quatuor Orford nous a transportés dans un tout autre univers, celui de Bartok, beaucoup plus étrange, ésotérique. Après l’entracte, l’univers de Beethoven sonnait plus facilement à nos oreilles de simple mortel. Donc, trois univers différents, pas toujours faciles d’écoute, en terrain plutôt méconnu.
Au premier abord, cela peut paraître une soirée ardue, pénible même. Ce ne fut finalement pas le cas. Pourquoi ? Parce que voir évoluer ces quatre beaux jeunes hommes qui transpirent de talent, de les voir vibrer musicalement, même dans les moments les plus énergiques, au même diapason, sans un Kent Nagano pour diriger leur petite circulation, cela ne peut que nous étonner ou nous séduire. C’est comme lorsque nous sommes en présence d’un Guy Nadon dans une pièce de théâtre austère, d’une Margie Gillis dans une danse ultra contemporaine ou d’une œuvre d’un grand peintre comme Riopelle. En tant que monsieur Toutlemonde, nous ne comprenons pas toujours ce qui se déroule sous nos yeux, mais nous ne pouvons faire autrement que d’être hautement impressionnés par la haute performance qui nous est offerte. Nous ne comprenons pas vraiment, mais ce n’est pas grave, nous sommes séduits devants ces athlètes de la musique.
Les gens qui avaient répondu très nombreux à l’invitation des Diffusions Amal’Gamme ont très apprécié le très haut standard de qualité et de professionnalisme qui leur a été offert. Notre diffuseur laurentien a été à la hauteur habituelle des attentes de son public en programmant un tel quatuor. Le nouveau Quatuor Orford nous a fait la démonstration indiscutable qu’il était digne du prix Opus 2011 pour le concert de l’année en régions et pour le concert de l’année pour les musiques classique, romantique, postromantique et impressionniste. Longue vie à ce nouveau Quatuor ! Celui de 1965 doit être heureux de constater à quel point la relève, notre jeunesse, même musicale, peut être belle.
Le 5 mai prochain, ce sera au tour de celui qui est proclamé comme le meilleur pianiste mexicain de sa génération, Arturo Nieto-Dorantes, dans son concert « Métamorphoses ». Du haut calibre encore en perspective ! Un avant-goût ? Cliquez : http://www.youtube.com/watch?v=StV9Hg5WLN0 .
Pierre Lauzon
Les éditions Pommamour