Si, en ce merveilleux samedi de fin mai, on nous avait invités à rencontrer un artiste de très grand talent, sans possibilité de le voir, juste de l’entendre, et que, par la suite, on nous avait demandé quel âge pouvait bien avoir ce pianiste, on aurait sans doute été unanime à prétendre qu’il avait sûrement au moins trente-cinq, quarante ans, tellement sa virtuosité, sa maîtrise des œuvres auraient été grandes. Puis, laissant tomber le rideau qui nous aurait séparés de ce grand artiste, on aurait d’abord cru qu’il y avait eu substitution de pianiste, qu’on nous jouait un mauvais tour, avant de comprendre que la très belle réalité aurait été que c’était en fait un ado, un vrai de vrai, un ado de quatorze ans, avec son grand corps frêle aux grands bras ballants, qui venait de nous séduire musicalement.
Cette fois ci, c’est seul qu’il est venu occuper toute la scène de l’église Saint-François-Xavier de Prévost et faire vibrer non seulement le piano qui n’attend que cela, mais aussi tout l’auditoire sans cesse étonné. Avec un menu musical où les grands maîtres, comme Jean-Sébastien Bach, Ludwig van Beethoven, Frédéric Chopin, Franz Schubert, Claude Debussy, avaient été invités, Robin Pan nous a fait la preuve, dès sa première interprétation, qu’il n’était pas venu pour jouer des pièces faciles du répertoire classique, mais plutôt qu’il était de taille à s’attaquer à des œuvres qui demandent beaucoup de virtuosité, de maîtrise de son art.
Ce n’est pas pour rien que, depuis qu’il a commencé ses études de piano à l’âge de quatre ans, il n’a cessé d’impressionner tous ceux et celles qui ont eu le bonheur de l’entendre, de le voir à l’œuvre. Il ne cesse de remporter ici et là des concours où, plus souvent qu’autrement, il est en compétition avec des pianistes plus âgés, aux bagages musicaux plus grands. En septembre 2011, Robin est entré, à treize ans, au programme de baccalauréat international. Qui dit mieux ?
En ce samedi de mai, Robin Pan a enchaîné les unes après les autres les œuvres au programme avec toujours le même doigté exceptionnel, avec la même intensité, avec la même maîtrise, sans aucune feuille de musique devant lui (ce que plusieurs autres pianistes nettement plus âgés que lui semblent incapables de faire !). On aurait dit que, très souvent, il faisait du vélo, comme tout ado aime le faire, tellement ses doigts se promenaient avec vivacité d’un bout à l’autre du clavier qui jubilait de se sentir entre de si talentueuses mains. Un de ses professeurs, le maestro Michel Brousseau, et sa mère, tous les deux présents, avaient raison d’être fier de la très grande prestation que venait de livrer leur ado et de cueillir la reconnaissance du public qui était sous le charme.
À l’heure où les médias mettent davantage en lumière les actions de quelques jeunes casseurs, à une époque où on a tendance à prétendre que les ados d’aujourd’hui ne savent que s’écraser devant leur écran télé ou d’ordi, il est rafraichissant de constater qu’il y a une multitude d’autres ados, comme Robin, qui contribuent à élever notre niveau culturel ou dans d’autres domaines. Malheureusement, c’est tellement moins médiatique. Cela fait tellement moins vendre du papier ou occuper des ondes télévisuelles.
Mon seul questionnement dans le cas de Robin, c’est que lorsqu’on a autant de talent à un âge aussi précoce, comment peut-on espérer aller plus haut ? Comment peut-on être nettement meilleur à trente, quarante ans et plus ? Est-ce là que la maxime « Sky is the limit » prend vraiment tout son sens ? Si oui, à quel beau feu d’artifice nous convie Robin Pan pour notre plus grand bonheur lors des décennies à venir !
Pierre Lauzon
Les éditions Pommamour