Lettre à François Legault, prise 2 |
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Johnny Marre |
Lundi, 21 Mars 2011 |
Monsieur Legault
Je vous donne le bénéfice du doute. Il y a sûrement trop de gens comme moi qui veulent dialoguer avec vous. Alors, je poursuis notre échange d’idées. Dans votre manifeste, vous avez une conviction commune, vous et vos douze apôtres : Le Québec peut et doit faire mieux. Entre vous et moi, vous conviendrez que ce n’est pas la trouvaille du siècle. Il y a cinquante ans et bien avant (en fait, depuis au moins Jacques Cartier!), on se disait que notre nation pouvait faire mieux et se devait de le faire pour survivre comme peuple francophone en Amérique. Dans cinquante ans et beaucoup plus, vos arrières petits-fils Legault et les miens se devront d’avoir encore et toujours cette conviction commune, s’ils et elles ont le moindrement à cœur la survie de notre nation francophone. Cette maxime, cette conviction s’applique tout autant à nos vies personnelles. Donc, vous serez d’accord avec moi que ce n’est pas avec une telle prémisse qu’on rebâtit notre monde puisque cela va de soi…
À partir d’une énumération quelque peu sommaire (pour autant de mois de réflexions!) de nos problèmes actuels, vous en venez très rapidement à la conclusion que cela entraîne un climat de morosité, de défaitisme, sans oublier un désintérêt marqué envers la chose publique et une méfiance doublée d’un cynisme envers nos institutions. Je veux bien croire que de tels constats sont de nature à mettre la table à votre solution qui dicte un redressement collectif qui, lui, passe par le retour à la confiance et par une lecture juste de cette solution, qui ne peut être que la vôtre, évidemment.
Sauf que là, j’ai un petit problème. Êtes-vous sûr que vous vivez dans le même monde que moi? En dehors du fait que vous, votre acolyte, monsieur Sirois, et plusieurs de vos apôtres, ne faites évidemment pas partie de la classe moyenne ou défavorisée financièrement et que vos cercles d’amis ou de proches connaissances font sûrement partie de cette même classe privilégiée que vous, est-ce qu’on s’entend pour dire que le plancher des vaches, celui du vrai peuple, n’est pas tellement le vôtre? Car prétendre que les Québécois sont moroses et défaitistes, c’est, à mon avis, faire une très mauvaise lecture de la situation actuelle. Prétendre que les Québécois et Québécoises sont désintéressés d’une façon marquée envers la chose publique, c’est ne pas vivre sur la même planète que moi. Comment pouvez-vous être si réducteurs de l’état d’esprit des nôtres? Parce que ne pas l’être ne servirait pas votre nouveau cheval de bataille? Parce que les sondages sont rendus parole d’évangile? Quand de très nombreux Québécois et Québécoises exigent, mois après mois, une Commission d’enquête sur la corruption dans la construction et sur le financement des partis politiques, vous voyez de la morosité, du défaitisme, du désintérêt dans cette persistance à vouloir être écoutés par leur gouvernement dans un régime soit disant démocratique? Quand de très nombreux Québécois et Québécoises questionnent, participent à des assemblées, descendent dans la rue pour exiger un moratoire sur l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste, vous voyez là de la morosité, du défaitisme, du désintérêt dans cette volonté de mieux comprendre et de protéger leur avenir personnel et collectif? Quand de très nombreux Québécois et Québécoises, près d’un quart de million, du jamais vu, ont signé une pétition exigeant la démission du premier ministre du Québec, qui n’a même pas eu le respect d’écouter le député de Québec solidaire lorsqu’il a déposé cette pétition à l’Assemblée nationale, vous voyez là de la morosité, du défaitisme, du désintérêt dans leur affirmation et leur détermination de mettre à la porte celui qui n’a aucune oreille pour la population et qui, avec sa famille politique, semble être le seul à avoir le pas au Québec? Quand, tant dans les services de santé que d’éducation (sans parler de l’ensemble des autres secteurs), de très nombreux Québécois et Québécoises travaillent quotidiennement à nous permettre de vivre dans un monde meilleur et à réclamer, sans démissionner, dans leur cas, les correctifs qui s’imposent pour y arriver, vous voyez toujours de la morosité, du défaitisme, du désintérêt dans toutes ces actions qui ne se font pas sous les projecteurs, contrairement aux vôtres? Je regrette, monsieur Legault, mais mon Québec, notre Québec ne semble pas être le vôtre et celui de vos petits amis. Ce ne sont pas nos problèmes actuels qui peuvent peut-être vous porter à penser que nous sommes moroses, défaitistes, désintéressés de la chose publique. Au contraire, les Québécois et Québécoises sont très éveillés, très aux aguets, très critiques. C’est leur premier ministre et son manque éloquent d’écoute qui leur donne peut-être cette couleur morose, vue de chez vous. Est-ce rêver en couleurs que de penser que vous prendrez de vos précieuses minutes pour m’écrire et donner vie au dialogue que vous souhaitez tant? Je vous espère…
Johnny Marre |